
I) Dans l’indolence de la savane
S’ennuyait un jeune zébrillon,
Connaissant les hippopotames
Et les termites par leur prénom.
Instruit de la bonne fortune
Du cousin du frère d’un voisin,
Sans hésitation aucune
Hardiment se mit en chemin.
II) Il avait traversé la mer
Méditerranée dans la cale
Pour retrouver ses congénères
Dans un zoo de la capitale.
Espérant qu’à pattes ouvertes
Il serait royalement reçu.
Leur snobisme fut une découverte
Et grande sa déconvenue.
III) Leurs rayures étaient noires et blanches ;
Son pelage blanc et noir plutôt :
Les quolibets que ça déclenche !
On lui claque la grille au museau.
Galopant vers d’autres adresses,
Il comprit vite sans aucun mal
Que, trop obliques ou trop épaisses,
Ses raies faisaient trop provincial.
IV) Il s’essaya à d’autres bêtes.
Mais soit trop gros, soit trop petit,
Trop incolore pour être honnête,
Ou broutant avec trop de bruit,
Tous rapidement l’éjectèrent.
Seuls les tigres, crocodiles et lions
Sur leurs territoires l’invitèrent …
J’ignore pourquoi il leur dit non.
Aller-Zig, Retour-Zag
V) Il tenta d’imiter des frères
Intégrés dans la société
Comme interprètes, ou comme experts,
Consultants sur d’autres contrées.
« Quand il n’y en a qu’un ça passe
Mais à plusieurs – répondit-on –
C’est là que les ennuis s’entassent ».
Ce n’était pas la solution.
VI) Pour louer la force de ses pattes,
Il laboura clandestinement,
Désherba les routes à la hâte,
Ou mangea contre un don du sang.
Mais comme il occupait la place
De précaires mieux organisés,
On l’éjecta sous la menace.
Un solitaire ne peut lutter.
VII) Épuisé, les os sous la couenne,
Sur un terrain vague il fut pris.
Contre une double ration d’avoine
Signa son retour au pays.
On le fêta dans toute la brousse.
Mais il demeura silencieux,
Sans dissuader les jeunes pousses
Qui rêvent d’un lointain merveilleux.