

Le congrès des dinosaures
Herbivores de grande taille
Ils relarguaient à chaque pet
Des gaz de méthane en pagaille
Qui ont réchauffé la planète.
Le volume de leurs flatulences
Augmentant exponentiellement,
D’autres s’asphyxièrent en silence
Bien avant le réchauffement.
Leur peau étant glabre et fragile,
Une déshydratation mortelle
Dessécha quelques imbéciles
Sous de vastes coups de soleil.
Vu la hausse des températures,
Ils conservaient mal les poissons
Qui leur servaient de nourriture
Crevant de toxi-infection.
Dans une salle un peu à part
Palabraient les révisionnistes,
Les spécialistes des bobards,
La fine fleur des complotistes.
Selon ces dinosausceptiques
Les dinos n’ont pas disparu
Mais se planquent dans l’Antarctique
Pour jaillir au moment venu.
Le projet 1816-S
Avait planifié l’extinction.
Mais il fut revu à la baisse
A cause du manque de subventions.
Au dernier rang quelques mystiques
Prétendent qu’ils n’ont pas existé
Mais que des illusions d’optique
Nous masquent encore la vérité.
La fameuse météorite
Avant son impact, éclata
En pluie de pierres plus petites
Qui un par un les assomma.
Le long cou des diplodocus
Qui suivaient sa chute, surpris,
Se vrilla alors tant et plus
En foudroyant torticolis.
La conclusion du séminaire
Nous fut prodiguée à la fin.
Entre tous ces avis contraires
Ils s’accordaient sur un seul point :
Ils convinrent que l’extinction
Survint – c’est un apport bien mince –
Très peu après l’apparition
De l’espèce Saurus Sapiens.
Comme je n’avais rien à faire,
Que se tenait dans le quartier
Un congrès extraordinaire,
J’ai poussé la porte d’entrée.
Une armada de spécialistes
Venait disserter sur le sort,
Expliquer le déclin sinistre
De nos ancêtres les dinosaures.
Les feuilles sucrées des fougères
Leur ont provoqué des caries
Si profondes qu’elles s’infectèrent.
La plupart ont ainsi péri
Quant aux rares qui survécurent,
Leur haleine était si viciée
Qu’ils n’eurent pas de progéniture,
Ne trouvant pas à se marier.
En amphi, les débats font rage.
Les hypothèses s’affrontent et ils
S’insultent et s’envoient au visage
Tous les noms de ptérodactyles.
Certains disent qu’à cause de leur taille
Noé leur refusa l’accès
De son arche et leur dit bye bye,
Alors qu’autour ils se noyaient.
En Corse ils s’exterminèrent
A la suite d’une vendetta.
Pour d’autres îles et d’autres terres
Les experts ne se prononcent pas.
Les bonnes mères de famille
Ecrasaient de leur corps pesant
Leur couvée, brisant les coquilles,
Ne laissant pas de survivant
Autour des deux principaux thèmes -
Réchauffement et tectonique -
Ils s’envoient des anathèmes,
Alimentant les polémiques.
L’excès d’éruptions volcaniques
Du à leur lourd piétinement,
Engendra des failles sismiques
Puis la dérive des continents.
Au cours d’une bourrée cruelle,
Une fissure a séparé
Les rangs des mâles et des femelles
Qui ne purent plus copuler.
Comme leurs prairies nourricières
Voguaient vers l’horizon lointain,
Bien que leurs cous s’allongèrent,
Ils succombèrent à la faim.