

Premiers dégouts
Dans les forêts hostiles, bien des explorateurs
Affrontent les périls, meurent dans la douleur.
Tout choix est incertain : Devant tel aliment,
Vont-ils mourir de faim ou d’empoisonnement ?
Des fruits magnifiques pendent devant leurs yeux
Qui cèlent leur toxique sous des traits merveilleux.
Avec parcimonie ils croquent dans leur chair
Pour recracher celui dont le goût est amer.
Ainsi dans la vraie vie chacun expérimente
Tous les aliments qui rebutent ou qui tentent.
délaissant les saveurs qui hâtent le trépas :
Les goûts et les odeurs ne se discutent pas.
Tantôt on se fourvoie : évitant sans raison,
Ou défunctant parfois d’un délicieux poison.
Ma tante maternelle - experte en champignons -
Périt de chanterelles … mais par indigestion.
Et pourtant deux produits échappent à ce système :
Toxiques accomplis qui vous tuent à long terme.
Leur goût est si infect qu’on recule, effaré.
Une propagande abjecte nous y fait regoûter.
Quiconque se souvient des premières bouffées.
Malade comme un chien, il a vomi, toussé
Alors si l’on s’entraîne pour faire société,
À Nicot on s’enchaîne et nos jours sont comptés.
Pour qui n’a pas tété le vin en biberon,
La première gorgée induit la répulsion
Depuis on n’a de cesse partout de rechercher
Le bon grain de l’ivresse au mépris du danger.
Car la publicité renverse nos cervelles :Glaçons dans le rosé, dans le tabac du miel.
Nos amis nous tirèrent sur la pente fatale :
« Un nouveau petit verre ne peut faire de mal. »
Consentantes victimes mais coupables aussi,
Devenons pousse-au-crime en dealant nos amis.
Nous le savions pourtant dès le premier contact ;
Piètre avertissement contre un passage à l’acte.
Nous espérons que la culture biologique
Bientôt supprimera tous les effets toxiques.
Ou bien qu’un savant fou féru en OGM
Parviendra d’un coup à gérer le problème.
Vous êtes, j’en suis sûr, convaincus qu’il nous faut
Toujours de la nature respecter les signaux.
Mais ma démonstration pêche, ne parlant pas
Du sublime poison qui est le chocolat.